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Ce journal est un soulagement. Quand je suis las ce que je suis généralement quelque chose jaillit et ensuite tout se déverse. Mais je suis incapable de le relire et Dieu sait quels embrouillaminis il peut contenir. Si je suis sincère avec moi-même (mais je crains quon ne se mente à soi-même plus encore quon ne ment à quiconque) chaque page paraît brouiller, réfuter et complètement abjurer la précédente.
Ces lignes, valables pour tous les journaux intimes de Byron, peignent bien le jaillissement verbal qui, sous lafflux des pensées, peu à peu les tisse. Ici la prose, parfaitement spontanée et dune parfaite justesse dexpression tout ensemble, est comme une force de la nature à laquelle on néchappe pas tant quelle sexerce. Incomparable en cela, elle ne se veut pas musique de sons et de sens comme chez tel ou tel prosateur célèbre, mais elle implique, elle évoque immédiatement une présence : Byron est là qui enregistre, sinterroge, se rappelle. Lillusion est plus forte, me semble-t-il, que chez tout autre auteur de journaux intimes.
Cest assurément lune des meilleures approches possibles de Byron pour des lecteurs français qui, par un caprice continental de la mode, ne connaissent plus guère aujourdhui que son nom.
On trouvera ici non pas lensemble de ses journaux intimes, mais in extenso, le Journal de Ravenne, cette chronique de 1821, année cruciale et particulièrement féconde de sa vie dexilé volontaire ; puis les Pensées détachées de Ravenne et de Pise ; puis, leur succédant tout de suite dans le temps vécu, le Journal de Céphalonie et les quelques notes ultimes de Missolonghi.
P. Leyris

Une pensée soudain me frappe. Recommençons une fois de plus à tenir un journal. La dernière fois, cétait en Suisse, pour rendre compte dune excurtion que je fis dans les Alpes bernoises et lenvoyer à ma sur en 1816 elle la encore, je suppose, car elle ma écris quelle y avait pris plaisir. Jen aivais tenu un autre, plus long, en 1813-1814, que jai donné à Thomas Moore la même année.
Je me suis levé tard ce matin, comme dhabitude. Mauvais temps aussi mauvais quen Angleterre pire. La neige de la semaine dernière fondait au sirocco daujourdhui, de sorte que deux sacrés désagréments sévissaient à la fois. Nai pas même pu monter à cheval dans la forêt. Resté à la maison toute la matinée à regarder le feu, et à me demander quand la poste arriverait.

 
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