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Robert Walser, Blanche-Neige, Collection Merveilleux N°18, éditions José Corti. Parution le 7 février 2002 Blanche-Neige est lun des écrits décisifs de cet écrivain suisse (né en 1878 à Bienne et mort en 1956 près de létablissement psychiatrique dHerisau), comme le souligne Walter Benjamin, dès 1929 : « ( ) Blanche-Neige, lune des uvres les plus profondément significatives de la poésie récente. Elle suffit à elle seule à faire comprendre pourquoi cet écrivain, apparemment le plus fantaisiste de tous, fut un auteur de prédilection pour linflexible Kafka. » « Cendrillon et Blanche-Neige, écrit lauteur à léditeur Ernst Rowoht, sont entièrement Poésie Elles visent le style et la beauté ; lessentiel dans ce cas est le plaisir quon prend au livre Elles sont accordées pour la parole et la langue, pour la mesure et le plaisir du rythme. » Mais alors, que reste-t-il du conte éponyme ? « Cest un mensonge noir et fou, dur à entendre, bon à faire peur aux enfants. Va-ten mensonge ! » répond Blanche-Neige. Soit, mais pas seulement, car la Blanche-Neige des Grimm sert de prologue implicite à cette uvre poétique-dramatique où tout se joue une fois « quils furent heureux » entre une Belle-mère équivoque et bien vivante, un chasseur viril et un prince fuyant. [Indépendamment dune chronologie de la vie de Robert Walser sont données en lectures subsidiaires dans le dossier complémentaire, établi par Fabienne Raphoz-Fillaudeau, quatre variantes du conte (bretonne, celte, roumaine et espagnole] La Reine : Dis, tu es malade ? Blanche-Neige : Quelle question, quand vous navez que vux de mort pour la trop belle qui blesse à tout instant vos yeux. À quoi servent ces doux regards. La bonté qui sort toute aimante de vos yeux nest que faux-semblant. Votre douceur de ton est feinte. La haine habite votre cur. Vous avez mandé le chasseur pour moi, pour quil lève sa dague sur ce visage haï de vous. Suis-je malade, dites-vous ? Railler va mal à bouche douce. À ne plus craindre doffenser, douceur saigrit en raillerie. Malade, moi ? Non, je suis morte. La pomme empoisonnée fait mal, oh oh, si mal, et de vous, Mère, cest de vous que je lai reçue. Malade, alors, moi, raillez-vous ? La Reine : Quelle erreur, tu es malade, oui, gracieuse enfant, vraiment malade. À coup sûr lair frais du jardin te fera du bien. Je ten prie, ne livre pas à ces pensées ta chère et faible tête. Sois calme. Que ton esprit cesse derrer. Prends du mouvement, saute et cours. Chasse en criant le papillon, gronde lair sil nest pas assez chaud. Sois enfant, et dici peu tu auras perdu la couleur qui, tel un linceul blafard, couvre ton visage rose. Repousse toute idée de péché. Il faut oublier le péché. Peut-être jai péché contre toi, jadis. Qui voudrait y songer encore ? De tout chagrin loubli est prompt dès que soffre un amour auquel penser. Mais tu ne pleures pas ? Blanche-Neige : Il faut bien que je pleure à voir votre hâte à rompre le cou au passé comme vous voulûtes me le rompre. Il faut pleurer, oui, sur le péché de cet oubli qui veut flatter. Oh, vous donnez des ailes au péché, mais il vole mal, ses deux ailes neuves ne lui vont pas. Et le voici tout près, devant moi, devant vous et vous voudriez, cajoleuse, vous en jouer, il est si tangible que jamais je ne loublierai, pas plus que vous qui le commîtes. Chasseur, juras-tu pas ma mort ? Voici un heureux événement : léditeur José Corti vient de rééditer Blanche-Neige de Robert Walser publié pour la première fois en 1987 (par le défunt Nouveau Commerce), dans la même traduction, subtile et musicale, de Claude Mouchard et Hans Hartje. Nous, lecteurs, nous éprouverons le frisson de la gratitude et du plaisir en écoutant, encore, toujours, comme pour la première fois, les accords fluides et poignants de Walser. De lui, aimé des plus grands, des plus intransigeants, Kafka et Musil en tête, Walter Benjamin ne disait-il pas quil commence là où sarrêtent les contes? Mais où sarrêtent-ils? Y a-t-il, pour leurs personnages fantomatiques et fourbus, une vie après le récit immémorial transmis par une aïeule ou une servante? Une vie, cest-à-dire, des émotions, de limprévu, un mélange trouble de tristesse et despoir. Dans Blanche-Neige, dramolette - cest le nom que Walser avait donné à ce texte musclé comme une pièce de théâtre et effilé comme un poème -, le conte refuse de mourir au moment du bonheur escompté de ses héros, moment figé et angoissant s'il en est, qui marque étrangement la disparition totale des personnages. Ici Blanche-Neige, la reine, le prince et le chasseur ne se posent jamais et échappent ainsi à ce processus. Tels des danseurs, ils vont de virevoltes en pirouettes, sous un éclairage qui fond leurs contours, donnant à leurs mouvements, physiques et psychiques, le sfumato du rêve. Doù vous vient dêtre versatile comme un roseau qui çà et là sagite aux secousses du vent? demande la reine à Blanche-Neige lorsque, de la haine quelle vouait à sa marâtre, et pour cause, elle passe à un amour aussi inexplicable quinfini. Quant au prince, charmant indécis, soumis à lappel inexorable des sens, il lui lance, admiratif et inquiet: De quelle étoffe es-tu donc faite pour être morte et pourtant vivre si gracieusement? Mais, bien entendu, Blanche-Neige garde le silence. Car rien nest plus voué à la mort quune réponse. La question vibre, oscille, fluctue, se module et respire. Etat transitoire, tel celui du flocon de neige, pris entre deux eaux, elle seule autorise le miracle de la résurrection, de la réconciliation des contraires. Dailleurs, à la fin de la pièce, le roi proclame: Un miracle a donc bien eu lieu dans ce bref espace dune heure. Le miracle caché au fond de lhistoire que Walser nous a révélée. Miracle de lécriture illumination jaillie de nulle part. Emmanuel Moses, En fin de conte, Les Inrockuptibles, février 2002. |
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![]() Traduit par Hans Hartje & Claude Mouchard 164 pages 2002 ISBN : 2-7143-0779-5 15 Euros Collection Merveilleux N°18 Dossier complémentaire |
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