Antonio Gamoneda, Blue castillan
     Collection Ibériques, Corti, 2004.

    J’ai écrit Blues castillan entre 1961 et 1966. Il a été publié tardivement et peu distribué. Il est passé presque inaperçu.
     Blues castillan a à voir avec une certaine manière de penser le monde (“nous traversions les croyances” allais-je dire des années plus tard), et, surtout, avec la volonté de transformer en poèmes des événements et des états d’âme qui ont dominé ma vie pendant trente ans. Il comporte le récit de faits devant lesquels — ou dans lesquels — la souffrance est une affaire naturelle; j’y parle à voix basse d’un certain espoir (issu, peut-on supposer, de ces “croyances”) et il est — il m’importe beaucoup de le dire — une forme de consolation.
     Blues castillan a des antécédents qui ne sont pas ceux que reconnaissaient mes contemporains. J’ai écrit ce livre dominé par deux forces poétiques qui se sont avérées peut-être d’autant plus vigoureuses et actives en moi que, mal connues, à peine pressenties au début, j’ai dû les élaborer à partir de mon ignorance et les faire se développer en moi pour que cette ignorance puisse comporter quelque chose qui fût de l’ordre de la création.
    Ces deux forces étaient le poète Turc Nazim Hikmet et les paroles des chants nord-américains à l’origine du jazz: le blues et le spiritual.
   J’ai écrit (et traduit) des spirituals en castillan, et j’ai passé dans ma langue Nazim Hikmet. Sans ce travail, je crois que Blues castillan n’aurait jamais existé.


    
    Né à Oviédo en 1931, il vit à Léon depuis 1934.
    Prix national de poésie (1988) et Prix Castilla et Léon des Lettres.

     Du même auteur
     
     Chez Corti :
     Description du mensonge, 2004.

     Le livre du froid, Antoine Soriano éditeur, 1996.
     Pierres gravées, Lettres Vives, 1996.
     Froid des limites, Lettres Vives, 2000.
     

    




 

     Géologie 

     Parfois je pars vers les montagnes
     pour regarder au loin.

     Je marche sur des coteaux où la vieille terre
     se fait belle au soleil et je vois
   monter l'ombre sur les collines.
                                                  Et j'avance
     très longtemps en silence.


     Mais il y a des jours où je marche sur ces coteaux,
     je regarde vers les montagnes
     et même là, pas de liberté.

     Et je rentre. Je sais bien qu'il est inutile
     de la chercher comme une clé perdue,
     et qu'il est tout aussi inutile
     de regarder dans le fond de mon cœur.










Traduit par
Jacques Ancet
128 pages
2004
ISBN : 2-7143-0840-6
15 €