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Julien Gracq, Un beau ténébreux,
Corti, 1945.
Un beau ténébreux est un roman des astres et de la catastrophe, cest-à-dire du destin sur fond de vacances et de dérive du temps ; vacuité des personnages en attente, dans un théâtre vide. Larrivée dAllan va déclencher un maelström où tous les personnages vont perdre la tête. Allan est venu sceller le destin. Tout dorénavant se déplacera par rapport à lui. (Revue 303)
Comme Au château dArgol, le second livre de Gracq sera lhistoire dune fascination, comme lui et de façon plus insistante encore il sera marqué du sceau des affinités électives. Lidentité sociale et psychologique des personnages sefface devant la réalité de leur désir et de leur tentation. Mais depuis Argol la mise en scène de leur drame sest singulièrement enrichie et compliquée. La théâtralité de laction saccentue, le nombre des acteurs saccroît, les rôles se diversifient. [...] Au discours de la passion viennent sentrelacer le discours du doute et celui de la contestation.
Bernhild Boie.

Sitôt passé Kérantec, la route sélève, par grands lacets, au-dessus du miroir plan de la mer. Lossature vigoureuse de cette cote mangée de grottes apparaît, avec ses grèves mollement tendues de pointe à pointe comme des hamacs, avec les rides blanches, les festons de ses vagues soudain si lentes et comme engluées sur les fonds transparents. Une très légère gaze embue, assourdit latmosphère, puis ce sont les ajoncs jaunes des premières pentes, et soudain le tunnel dune forêt feuillue, désertée, au sol rebondissant sous les gouttes. Et toujours ce grand vent qui harasse majestueusement les cimes, ce secret des forêts proches de la mer, accordées à la mer sous les doigts musiciens du vent. Le soir commençait à tomber, et jaimais cette fuite sous la basse voûte des feuilles, doù pleuvaient les gouttes, où sétoilait de soleil le sable doux des bas-côtés, dans une lumière de pierre fine cette fuite qui donne lidée si nette dun voyage sans retour. La traversée dune forêt, je nai jamais pu mimaginer autrement lapproche dun pays de légende.

On ne sort pas indemne dun livre de M. Julien Gracq. Ah ! non. La lecture de ces deux cent vingt pages vous éprouve, vous épuise, alors même que vous avez pris une sage façon de le lire : par étapes, par doses. Non seulement vous nen sortez pas indemne, mais vous nen sortez pas du tout. Il est difficile de prétendre quon a lu cet ouvrage. Voici la plus bouleversante sensation (et le plus grand plaisir, la plus sûre justification dune lecture) quon puisse éprouver : non pas quon ait lu mais quon soit lu, et non pas quon lise un livre, mais quil vous lise. Cest ce que je nai cessé d éprouver à la lecture du Beau ténébreux, et je ne cèderais pas à lavouer si je doutais que dautres y puissent trouver un même sort.
Max-Pol Fouchet, Les lettres françaises, 7 avril 1945.
Un beau ténébreux se détache avec le sombre éclat et la rareté dun diamant noir sur le fond, cependant très varié, de la littérature romanesque contemporaine. Il y fait apercevoir des perspectives, des possibilités curieuses de rajeunissement et dintérêt.
Lauteur, M. Julien Gracq, nétait jusquici connu que par un conte, ou récit, chargé de mystères et de beautés, mais qui était moins roman que récit en prose lyrique : Au château dArgol. Le grand public ignora M. Julien Gracq et le nombre de ses lecteurs nest pas encore très étendu ; mais ceux qui ladmirent éprouvent à son égard un intérêt tout particulier. "
Edmond Jaloux, Psyché, Juillet-août 1947.

 
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