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Compagnon de Magellan, né à Vicence en 1491, Antonio Pigafetta reçut mission décrire la relation dun voyage qui découvrirait aux Européens une nouvelle route vers les Indes et attesterait dune manière définitive, la sphéricité de la terre. Après trois ans de navigation, et après avoir effectué le premier tour du monde, un unique vaisseau, la Victoria, rentre en Espagne ; à son bord, Pigafetta met la dernière main au récit des exploits de Magellan disparu après le passage du détroit qui porte son nom récit qui va bouleverser léquilibre du monde et ouvrir lhorizon pour jamais. Du récit de Pigafetta, Silvia Baron Supervielle fait une lecture allégorique : cette lente exploration des côtes sud-américaines à la recherche dun passage vers les Indes évoque pour elle lobscur travail de la mémoire découvrant limpossible chemin vers soi. Servie par un style incomparable, cette quête de soi, entreprise par un garçon coupé de ses racines et de sa langue, donne naissance à lun des textes les plus envoûtants quait produit la littérature française contemporaine. Comme les navigateurs qui abolissaient les frontières du monde, le récit de Silvia Baron Supervielle efface les repères, transmue lincertaine matière des souvenirs en un chant très pur de la mémoire.

Du haut du mât il ne lèverait son bras que pour désigner la ligne circulaire ; et il serait à la fois celui qui va et celui qui vient, celui qui oublie et celui qui se remémore, celui qui se promène et celui qui reste droit enveloppé dans ses songes.
(...)
On distingue toujours le bateau. On ausculte le timbre de l'eau claire qui bat contre ses flancs.
Il ne suffisait pas de partir, ni de passer l'océan, ni de débarquer sous une autre latitude, ni de naître dans un autre sang, une autre peau, ni d'altérer le rythme du pas, les formes et les couleurs des vêtements, pour être capable d'oublier ; il ne suffisait pas de recouvrir l'oubli, de condamner les portes de la mémoire, d'inventer une mémoire nouvelle, un parler dépourvu de mémoire, de ne plus prier, de se tenir coi dans le silence double, de transmuer sa carnation et le poids de son cur ; il ne suffisait donc pas de modifier les réflexes de la voix qui voulait sourdre : il fallait bien constater qu'aucune de ces mutations n'était valable. Une mort était sans doute nécessaire, et par-dessus la mort, l'annihilation de la bouche scellée, et par-dessus le scellement le poids de la terre, et par-dessus le poids le fardeau du temps, et par-dessus le fardeau la légèreté pérenne du vide afin que le claquement de ces mots ne fît plus irruption entre les dents.


 
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