.Opéra des limites : recueil de poèmes de Marie-Claire Bancquart.




     Instantané

     Un ciel bleuté comme du lait.
     Une voix de même couleur sur la terre.
     Dans la ville aux maisons de chaux
     une femme chante parmi les siestes.
     Au-dessus d'elle pend un chapelet de bombes
     arrêté pour toujours dans notre regard.
     Pour toujours
     à sa rencontre

 s'élève cette voix qui s'arrêtera dans une seconde
 parmi les figues caillées du sang.




     
     Puisqu'il est impossible de retourner à la " douceur d'inexistence " d'avant la naissance, il faut, dans les limites de notre corps, de notre vie, mener fermement ce " bétail des sensations qui pait heureusement le corps ". Il reste les promesses d'accomplissement que contient la sérénité brutale des acceptations. " Jusqu'à la mort dans l'âme/j'ai toute la mort devant moi. " Il faut, au contraire d'Eurydice, préférer l'impitoyable vie à l'éternité qui la fige dans le " mica des mortes ".
     Les références à la mythologie grecque (Oreste, Ariane, le Minotaure) semblent surgies d'un périple méditerranéen : villes aux murs de chaux, siestes striées par les lames des stores, nuit qui unit ciel et pierres, temple en ruine dont on aimerait connaitre les " mots désaffectés de sa célébration "... Mais Marie-Claire Bancquart accorde aussi une attention fervente aux choses et aux gestes familiers, le bol de faience sur la nappe, le linge d'enfant dans l'armoire, le pain, les fraises, " les courses, les bonjours, les jardins, le sommeil ".
     Sans fadeur ni attendrissement. Il y a au contraire, dans ce recueil souvent éclairé par un " cruel soleil de sacre ", quelque chose de dru,de presque violent...
     Monique Pétillon, La violente sérénité de M.-C. Bancquart, Le Monde, 9 septembre 1988.

     A l'image mièvre et inconsistante d'une sensibilité poétique féminine, aussi exquise qu'évaporée, on peut opposer l'extrême tension que manifeste souvent l'oeuvre de Marie-Claire Bancquart. Poésie des profondeurs, poésie nocturne et onirique, " opéra des limites " (...) habité par des hantises qui cherchent à nommer leurs motifs, fasciné par les vies invisibles, gelées, végétales ou minérales...
     Patrick Kéchician, Poésie au féminin, Le Monde, 22 Février 1992.






1995
192 pages
ISBN : 2-7143-0562-8
110 F