Frédéric Cosmeur, Jean, éditions Corti, mai 2001.


     Jean vient de mourir.
     Devant le crématorium, Mathieu, l'ami, Sophie, l'amour ; et Jean qui parle et existe encore à travers eux.
     Dans ce récit court et dense où se mêlent les temps (enfance, adolescence, maturité), les voix (dans la tête de qui sommes-nous, qui écrit, qui devons-nous croire ?) le lecteur, sans que cela ne soit jamais dit, est confronté aux questions les plus fondamentales, les plus intimes.
     Jean – tel un Rimbaud du XXIe siècle – a tout vu, tout connu, tout rencontré, la gloire et la vanité de la gloire, l’amour et l’amitié, la tentation du départ et l’impossible ailleurs.
     À travers trois personnages, Frédéric Cosmeur – dont c’est le premier récit publié – parvient à concentrer avec l’évidence de la poésie l’essentiel de la quête éternelle de l’humain.
     « Est-ce qu’il t’arrive parfois de vivre sans analyser ce que tu vis ? », semble – à travers un personnage – s’interroger l’auteur dont la lucidité de l’analyse, la pudeur de l’humour – décapeur de clichés, lieux communs et simulacres – sont tout entières tournées vers cette quête improbable de soi-même et du monde : sens de l’universel, de l’écriture, du destin, de la possible-impossible « parousie humaine », ce « bleu fondamental recherché en pure perte, mais non en vain ».






     N'importe quel sapin donne au vent une sonorité d'altitude.

     Un vers de Jean, période lyrique : entre guillemets ou en italique. J'aurais aimé l'écrire, ce vers, je ne l'ai que retenu, par cœur. Curieuse expression, par cœur.
     Un vers de Jean qui me revient comme un refrain. Phénomène particulièrement banal vu les circonstances. Impressionnante montée vers le crématorium. Sa position n'a pas été laissée au hasard, sûrement. On descend dans le trou mais on s'élève vers les cieux. Je ne sais plus quels anciens croyaient à la purification par le feu.
     Il y avait donc un autre accès, direct mais plus étroit, moins solennel. On s'élève en catimini, on descend en grandes pompes. Moment mal choisi pour faire de l'ironie, quoique, pensons au cher disparu, sans guillemets. Il partira avec humilité et retrait, comme il a toujours vécu, un vrai mystique du vers, un élu qui, comme tel, s'est offert le succès et son corollaire honorifique, la simplicité du grand homme. Odieuse pensée ! Mais la pensée des médiocres n'est-elle pas souvent odieuse, messieurs les jurés ? Les esprits médiocres condamnent d'ordinaire tout ce qui passe leur portée, en italique.
     J'ai longtemps été l'ami intime de Jean.
     Imaginons la caméra et le plan, un gros plan sur moi, la bonne cinquantaine un peu tassée, dégradation accentuée pour faire mode ; au lieu de l'imperméable beige et du feutre mouillé, le gris banal, de la tête aux pieds ; et la voix off, la mienne, qui répète, poitrinant un peu dans les graves, la phrase inaugurale d'un souvenir particulier sur le ton de qui veut faire affleurer, pour un public initié, une mémoire collective, déjà promise à la postérité. J'ai longtemps été l'ami intime de Jean.





     La seule présence de Jean, sur les tables des librairies, devrait permettre la percée d’une nouvelle voix, grave, singulière et parfaitement maîtrisée…
     Frédéric Cosmeur réussit un tour de force rare, celui d’évoluer dans une réalité contemporaine, en proposant d’en livrer une vision parfaitement décalée. Par fines touches, en dehors du cadre, il crée un univers fondamental, sans jamais avoir recours au quotidien…
     Le récit de Cosmeur dégage une atmosphère floue. Il semble posséder des contours qui ne sont pas définitifs. Pour autant, le texte ne se dirige jamais vers le fantastique, mais la singularité de son climat lui donne une teinte assez unique. Certaines pages évoquent par exemple, de manière transparente, l’univers de Julien Gracq, dans l’importance qu’il attache au rêve. À l’inverse du climat ambiant, la construction du récit est serrée, très précise. Elle ne comporte aucune faille. Le texte est ramassé sur lui-même, concentré. Le contraste entre les deux éléments joue en faveur de la singularité de l’ensemble…
     La force de Frédéric Cosmeur, c’est qu’il est parvenu à rendre sur la page avec précision, l’intimité profonde qui justifie la parole de tout poète…
     
Benoît Broyart, Le Bleu du ciel, “Le Matricule des Anges”, N°35, été 2001.


     L’éclat de ce court récit provient sans doute de cette force poétique étonnante qui l’anime. Une force qui transporte le lecteur vers des rivages incertains. Ici tout paraît simple, limpide, et dans le même temps l’écriture recèle une densité extraordinaire qui fait pressentir des gouffres intérieurs.
     Un texte absolument bouleversant et unique !
     
Alain Lotscher, Librairie du Square, Groupement Initiales.


    
 Dans ce petit roman insolite à l'écriture très dense, élaborée et souvent poétique, où Jean n'apparaît jamais que comme souvenir chaque fois différent dans la mémoire de ceux qui l'ont connu – mais peut-être tout héros de roman n'est-il jamais que cela : souvenir puzzle que le lecteur à sa façon reconstitue –, Frédéric Cosmeur s'attache à traduire les cheminements et remaniements intérieurs que provoque, pour chacun, la mort d'un être qui a fait partie de son existence, en a tissé de nombreux pans tout en y laissant, parfois, de nombreux blancs. Et parce que la mort a aussi des effets de miroir, ceux qui s'interrogent sur le sens de l'existence de celui qui les a quittés, sont renvoyés, à travers les souvenirs qui leur restent du disparu, à leur propre mémoire, à leurs propres choix et, parfois, à leurs impasses.
     Louise L. Lambrichs, "Vient de paraître" N°5, Juillet 2001, adpf.



     Dans un fondu étrange, d'une belle écriture sobre et précise, l'auteur nous mène à la frontière de l'agir, de la mémoire et de la pensée.
     
Albane Salleron, Santé mentale, décembre 2001, n°63


     Jean est un texte qu'on commence à lire vraiment une fois qu'on l'a lu, lecture intérieure qui se passe de mots, texte qui tient dans son sillage, comme l'intelligence du soc se comprend par le sillon. Récit non pas du récit lui-même, on serait alors du côté du seul artifice, de la trop maigre modernité, mais récit de la matière dont le récit est fait, récit du silence, "recherché enpure perte, mais non en vain".
     
Philippe Rahmy, Remue.net, avril 2004.

        





mai 2001
112 pages
ISBN : 2-7143-0753-1
85 F 12,96 Euros


Domaine Français