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Julien Gracq, Les Eaux étroites,
éditions Corti, 1976.
"[...] le vallon dormant de l'Èvre, petit affluent inconnu de la Loire qui débouche dans le feuve à quinze cents mètres de Saint-Florent, enclôt dans le paysage de mes années lointaines un canton privilégié [...]" (page 8)
Les Eaux étroites [de Julien Gracq] est un court roman de la rêverie associative. La scanssion, le rythme, le cours en est les eaux, celles dun affluent de la Loire, LÈvre.
Les Eaux étroites est une sorte dexploration, longtemps après, de ces lieux denfance, et lécriture glisse au rythme dun film qui se déroule, le mouvement dune barque sur leau, ce que lon y voit, et le mouvement sans retour du cours de ces eaux -, leurs sensations, leur mystique, sur une vie qui a eu lieu et qui regarde à présent, celle du narrateur.
Revue 303
Ainsi découvre-t-on, en ce mince volume le plus transparent, le plus léger quait écrit Julien Gracq, dont leurythmie exerce aussitôt un charme sur le lecteur, à la fois un livre du "je" et des lieux, une rétrospection, un itinéraire où se mêlent une théorie de la rêverie et une poétique de la lecture (
).
Claude Dourguin, in uvres complètes de Julien Gracq, La Pléiade, T2, p.1459

Paysages de l'Èvre, © I. Kalo

Presque tous les rituels dinitiation, si modeste quen soit lobjet, comportent le franchissement dun couloir obscur, et il y a dans la promenade de lEvre un moment ingrat où lattention se détourne, et où le regard se fait plus distrait. La rivière se resserre et se calibre ; les plantes deau et même les roseaux des rives un moment disparaissent. Les berges maintenant hautes et ébouleuses mettent à nu les racines des saules et des frênes têtards qui les retiennent mal ; les galeries des rats deau sapent de partout ces petites falaises instables. La berge sélevant, on naperçoit plus, de la barque, que le plan deau étroit, les couleurs de la glaise qui le borde, les racines déchaussées, les rats qui cavalcadent sur les banquettes dargile mouillée, et parfois la double ride fine, langle obtus du sillage dune couleuvre qui traverse la rivière : pour un instant, un sentiment proche du malaise flotte sur ces berges cariées où sanime un peu trop le trotte-menu de la boue.

Paysages de l'Èvre,
"d'une couleur de café très dilué",
photo © I. Kalo.

Impossible de raconter une expédition "en marge du cadastre", dans le sillage de la magie. Celle des mots, dabord. Chaque terme a sa place unique, choisie, qui suppose une attention tendue. Mais par Les Eaux étroites, le détroit dune lecture qui rappelle parfois les surprises dune épreuve rituelle, on débouche sur le plus lumineux des paysages remémorés. Cest lautre magie, celle de limaginaire, ancrée sur le réel.
Mathieu Galey, LExpress.

Idem

 
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