Miklós Szentkuthy, Le Calendrier de l'humilité.

    
 Le Calendrier de l’humilité de Miklós Szentkuthy se rapproche de ses précédents fragments : Vers l’unique métaphore et En lisant Augustin. Comme eux, le texte témoigne d’une pensée en fusion, pensée d’"un ogre dévoreur de traités scolastiques, de saintes biographies, de sommes philosophiques et de magazines de mode."
     "J’ai voulu tout voir, tout lire, tout penser, tout rêver, tout avaler."
     Le Calendrier s’en distingue aussi : la pensée y est plus cadrée, plus tournée vers l’ensemble de la création artistique (la peinture notamment, avec de longs essais sur Rembrandt, l’expressionnisme, l’impressionnisme) plus paradoxale aussi, plus provocante, comme si parfois l’ogre Szentkuthy se comportait en hussard pour convaincre le lecteur alors même qu’il doit parfois douter de la justesse de certaines positions.
     Ce "grand désinvolte" est un être de dialogue dont la pensée avance en même temps qu’elle s’écrit ; sa faculté de persuasion, son style digressif inimitable suscitent, sinon toujours l’adhésion, toujours la remise en question d’idées toutes faites, quel que soit le sujet abordé – et on le sait, avec Szentkuthy, ils sont nombreux.
     Le titre lui-même, Le Calendrier de l’humilité est comme l’aveu ou la confession frivole du duel permanent entre orgueil et humilité.


Dessin de Szentkuthy, Adam et Eve






     Écrit juste après Vers l’unique Métaphore, en 1935-1936, Le Calendrier de l’humilité est fait d’une suite de réflexions qui pourraient constituer les notes d’un Journal que l’on ouvre au gré de ses curiosités (la table des matières est à elle seule un régal). En marge des abondantes observations sur ses contemporains, Szentkuthy lisait et annotait une somme considérable d’ouvrages sur des sujets aussi divers que l’histoire, la philosophie, la psychologie, ainsi que des romans et des recueils poétiques, notamment anglais, allemands et hongrois. Rilke, Mozart, Shakespeare sont ainsi passés au crible d’une analyse qui mêle botanique et stylistique, théologie et photographie.
    
Pierre Deshusses, Le Monde, 5 février 1999


   

  



Trad.
par G. Kassaï
1998
ISBN : 2-7143-0660-8
130 F