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Gracq
La notice bio-bibliographique
de Julien Gracq
(qui renvoie à toutes ses uvres)
Julien Gracq,
par lui-même

Des écrivains
parlent de Julien Gracq.

Inédit accordé
au Monde des Livres
le 5 février 2000.

Familiarité du livre.

Entretiens
Janvier 2002
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Julien Gracq,
par lui-même
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Ou bien maintenir à tout prix la liquidité de la langue, sa disponibilité, en tentant, par une inattention rigoureuse aux affinités des mots, aux liaisons syntaxiques, à tout ce mécanisme verbal qui, si nous ny prenons garde, singénie à chaque instant à penser pour nous tout seul, de laisser le champ libre à l" aimantation " intérieure du subconscient. Tentative séduisante, mais qui ne va pas sans des risques certains. La " continuelle infortune " qua été selon Breton lhistoire de lécriture automatique dans le surréalisme tient peut-être à une double exigence, à peu près impossible à satisfaire, et dont les premiers surréalistes, acharnés à aboutir malgré tout, nont pas tenu suffisamment compte en effet labandon total au " caractère inépuisable du murmure ", à la dictée intérieure, y doit se doubler dun effort de tous les instants, et qui réclame, lui, lattention la plus soutenue, pour desserrer les mâchoires du langage, pour paralyser ses mécanismes moteurs, toujours prêts à se substituer à la pensée qui lâche la bride. Une langue, et surtout une langue qui comme la française a beaucoup servi (il sagit ici de son usage littéraire) tend à ressembler de plus en plus à un système compliqué daiguillages entrecroisés où le mécanicien aux yeux bandés, beaucoup plus souvent que de provoquer quelquune de ces magnifiques catastrophes de locomotive renversée dans la forêt vierge dont rêve Breton, risque, plus banalement encore que dautres, daboutir au cul-de-sac ensommeillé dune voie de garage: on ne la déjà que trop vu. (...). Lautre solution (...) vise tout autant que la première à provoquer cette rupture des mécanismes semi-automatiques de la langue qui est la condition même de la création ; mais tandis que les tenants de lécriture spontanée y tendent seulement afin de laisser la place libre au courant, au " murmure " qui devra disposer désormais de la langue comme dune matière ductile, les poètes conscients du type valéryen, fort étrangers à cette notion de " champ libre " voient dans la réflexion et le travail sur les données du langage lunique moyen de libération. Le goût du langage dans ce quil a de plus arbitrairement, de plus gratuitement " donné ": rimes, rythmes, clichés, assonances, " gênes exquises " se justifie pleinement non sans dailleurs continuer de nous gêner à notre tour à une telle manière de voir. On pourrait la caractériser comme la reconnaissance spontanée du besoin dun cadre rigide préétabli où accrocher ses pensées pour pouvoir en expliciter les virtualités les plus intimes.
(André Breton, quelques aspects de lécrivain, p. 94 et suivante)

Ce qui nous aspire dans le sillage tortueux du criminel sans cesse menacé, derrière le fiacre de Fantômas ou lascenseur dArsène Lupin qui crève le toit et débouche en plein sublime, ce nest plus seulement le goût paisible, souriant du merveilleux, cest lappel, comme dun poumon vers lair, à lépanouissement du possible forcé dans ses tanières par la vie moderne comme le criminel lest par la police, cest lattirance du zig-zag de foudre qui trace à travers le monde une des seules lignes de chance, une des seules lignes de vie qui puissent le traverser encore. (...)
"Peut-on sortir de cette chambre que nous habitons tous ?"
(André Breton, quelques aspects de lécrivain, p. 106 et suivante)
Ce que nous avons appelé la courbe dune phrase se décompose en deux segments dont il y aurait grand intérêt par rapport à un certain point critique, qui en constitue le sommet, à souligner les sens diamétralement opposés. Dans le début de la phrase, le mouvement de la pensée, que guide ou que reproduit (peu importe) la syntaxe, apparaît comme un pur surgissement : cest toujours dune espèce de coup de vent dune liberté extrême quil dépend que nous surmontions le vertige dinertie, dun caractère proprement stupéfiant, que dégage " le vide papier que sa blancheur défend ". Dans le prolongement de cet élan initial, que les mots quil appelle à lui narrivent pas à rejoindre suffisamment vite, se creuse comme un appel dair, un vide précurseur, qui somme, encore indistinctement, les combinaisons verbales davoir à être, à se bousculer en remous derrière son passage extraordinairement pressé Tout écrivain connaît parfaitement ce creuse ment en lui dun moule encore vide doué dune force de succion sur le magma verbal, cet élan aveugle de pensée qui "tire sur la plume", cette arabesque presque mimée du contour dont lamorce de la courbe est déjà grosse sans pourtant sen faire encore autre chose que le pressentiment.. Indubitablement, dans cette " entrée " de la phrase, cest lélan syntaxique en pleine accélération, encore foisonnant de possibles, qui semble frayer le chemin aux combinaisons verbales, tout en leur laissant un jeu aussi étendu quil en reste aux vagues pour combler un sillage. Et précisément, de même que rien ne fait bouillonner les vagues avec plus deffervescence et de liberté quun sillage, cet essor conquérant de la phrase qui " prend son vol " est un appel constant, un appel impérieux à la rencontre verbale et à la trouvaille. Mais si le génie a son siège dans ce mouvement déclosion et de fertilité aveugle du départ, passé le sommet de la courbe cest lart qui se charge de tirer le meilleur parti possible de son retombement : lapproche de la fin de la phrase, son freinage progressif signifie un ressaisissement des pouvoirs de contrôle et de choix sur une matière verbale qui tend maintenant, répondant après coup à léréthisme violent qui soulevait la phrase à son début, à proliférer avec excès ; une élimination de plus en plus serrée des possibles innombrables jusquà combler enfin le dernier vide disponible dun puzzle de plus en plus rigidement exclusif amortit le mouvement verbal créateur fige sur place cette danse à laquelle les mots se trouvaient en proie et confère à la syntaxe, dans cette chute de phrase, (on ne peut choisir que parmi ce qui se fixe) un pouvoir non plus déclosion, mais de coagulation.
(André Breton, quelques aspects de lécrivain, p. 154 et suivante)

Fiche signalétique des personnages de mes romans :
Epoque : quaternaire récent.
Lieu de naissance : non précisé.
Date de naissance : inconnue.
Nationalité : frontalière.
Parents : éloignés.
Etat civil : célibataire.
Enfants à charge : néant.
Profession : sans.
Activités : en vacances.
Situation militaire : marginale.
Moyens dexistence : hypothétiques.
Domicile : nhabitent jamais chez eux.
Résidences secondaires : mer et forêt.
Voiture : modèle à propulsion secrète
Yacht : gondole, ou canonnière.
Sports pratiqués : rêve éveillé noctambulisme.
(Lettrines, p.35)
Personne, sans doute, nécrit réellement pour la postérité (dont il nest au pouvoir de personne, en 1964, de deviner quelle figure elle pourra bien prendre, ne fût-ce que dans quelques années). Je ne crois pas non plus que la postérité soit pour lécrivain une "illusion commode" je crois quil en use, plutôt, sans y croire vraiment, comme dun artifice de procédure pour maintenir son procès ouvert un procès quil ne peut envisager de perdre : ainsi Jeanne dArc en appelait au pape et Luther au concile : sans excès de conviction, ma-t-il toujours semblé. La vérité est quil y a probablement dans lécrivain, à certains moments privilégiés où il tourne vers ce quil fait, un regard qui lui paraît naïvement intemporel, un fou qui sait, qui a raison contre tous les autres, présents ou futurs, et à qui la postérité même apparaît pour le juger sans justification suffisante. La postérité, avec ses goûts et ses jugements, ce nest après tout que la littérature militante de demain lui, dans ses moments, il est sur un autre plan : il sintègre demblée à la littérature triomphante.
(Lettrines, p.124)
Vous me demandez ce que je pense de mes livres ? Infiniment plus de bien et infiniment plus de mal que vous.
(Lettrines 2, 187)
Tout livre [
] non seulement des matériaux que lui fournit la vie, mais aussi et peut-être surtout de lépais terreau de la littérature qui la précédé. Tout livre pousse sur dautres livres, et peut-être que le génie nest pas autre chose quun apport de bactéries particulières, une chimie individuelle délicate, au moyen de laquelle un esprit neuf absorbe, transforme, et finalement restitue sous une forme inédite non pas le monde brut, mais plutôt lénorme matière littéraire qui préexiste à lui.
Préférences, Pourquoi la littérature respire mal, p. 82 et suivante.

Il y a des heures où je nai plus de goût que pour les quelques récits modestes, sans intrigue, sans merveilleux apparent et même sans poésie éclatante, que lon quitte avec la certitude dêtre toujours resté en rassurant pays de connaissance. Mais non sans le sentiment dune sorte de tendre ensoleillement intérieur, qui bégaye, du fond de sa quiétude mystérieusement consolée "oui, la vie cest comme ça".
Aussi bien Nerval dans Sylvie que Tolstoï (Les Cosaques) si différents, me dispensent ce sentiment avec égalité. Rarement luvre de Balzac, que le bouillonnement humain, qui monte parfois à la tête comme un vertige, surpeuple trop. Jamais Flaubert, où linterposition du regard froid, et de la loupe de lentomologiste, ne se laisse pas une seconde oublier. Ni Proust: le crépitement ininterrompu du détail trop rendu, trop éclatant, y tient continûment à distance le faible engourdissement de lesprit, comparable à léclosion dun nouveau climat, qui prélude à ce genre denchantement. Et pas davantage Stendhal : il y a ici un refus de sengluer dans le monde, et comme un excès dautonomie jalouse de lesprit qui, par linsolence, par le dégagé, par lironie, se reprend et reprend le lecteur en main, à chaque instant.
Peut-être y a-t-il quelque trace de vieillissement dans ce goût plus prononcé que jai de laisser venir à travers le texte ou de me donner lillusion de laisser venir la vie comme elle est. Aux écrivains qui me la restituent, une certaine inactivité de lesprit, qui se laisse lentement imprégner, est nécessaire, combinée à une plus grande ouverture, sur le champ sensible, du diaphragme intérieur ce que Degas jimagine, appelait, avec un bonheur dexpression ami de la mémoire, " se mettre en espalier ". A vingt ans, à trente ans même, il me semblait que la vie passait très au large et comme insaisissable ; une ivresse à arrière-goût dangoisse se levait de la multiplicité offerte, et massacrée à mesure, des possibles. La contraction de champ quamène lâge fixe et leste ce Protée éblouissant et insaisissable. Le monde est plus proche de nous, plus solide et plus sûr, et lécrivain, qui sent diminuer laptitude de limagination à lenvol, et pour qui Pégase est rétif, retrouve aussi en partie les ressources dAntée.
(En lisant en écrivant, p.78)
Tout ce quon introduit dans un roman devient signe : impossible dy faire pénétrer un élément qui peu ou prou ne le change, pas plus que dans une équation un chiffre, un signe algébrique ou un exposant superflu. Quelquefois rarement, car une des vertus cardinales du romancier est une belle et intrépide inconscience dans un jour de penchant critique il mest arrivé de sentir une phrase que je venais décrire dresser, comme dit Rimbaud, des épouvantes devant moi : aussitôt intégrée au récit, assimilée par lui, happée sans retour par une continuité impitoyable, je sentais limpossibilité radicale de discerner leffet ultime de ce que jenfournais là à un organisme délicat en pleine croissance : aliment ou poison ? Une énorme atténuation de responsabilité figure, heureusement parmi les caractéristiques romancières; il faut aller de lavant sans trop réfléchir, avoir loptimisme au moins de croire tirer parti de ses bévues. Parmi les millions de possibles qui se présentent chaque jour au cours dune vie, quelques-uns à peine écloront, échapperont au massacre, comme font les ufs de poisson ou dinsecte, cest-à-dire porteront conséquence : si je me promène dans les rues de ma ville, les cent maisons familières devant lesquelles je passe chaque jour non perçues, anéanties à mesure sont comme si elles navaient jamais été. Dans un roman, au contraire, aucun possible nest anéanti, aucun ne reste sans conséquence, puisquil a reçu la vie têtue et dérangeante de lécriture : si jécris dans un récit : " il passa devant une maison de petite apparence, dont les volets verts étaient rabattus ", rien ne fera plus que sefface ce menu coup dongle sur lesprit du lecteur, coup dongle qui entre en composition aussitôt avec tout le reste ; un timbre dalarme grelotte : quelque chose sest passé dans cette maison, ou va se passer, quelquun lhabite, ou la habitée, dont il va être question plus loin. Tout ce qui est dit déclenche attente ou ressouvenir, tout est porté en compte, positif ou négatif, encore que la totalisation romanesque procède plutôt par agglutination que par addition. Ici apparaît la faiblesse de lattaque de Valery contre le roman : la vérité est que le romancier ne peut pas dire " La marquise sortit à cinq heures ": une telle phrase, à ce stade de la lecture, nest même pas perçue : il dépose seulement, dans une nuit non encore éclairée, un accessoire de scène destiné à devenir significatif plus tard, quand le rideau sera vraiment levé. Le tout à venir se réserve de reprendre entièrement la partie dans son jeu, de réintégrer cette pierre dattente dabord suspendue en lair, et nul jugement de gratuité ne peut porter sur une telle phrase, puisquil nest de jugement sur le roman que le jugement dernier. Le mécanisme romanesque est tout aussi précis et subtil que le mécanisme dun poème, seulement, à cause des dimensions de louvrage, il décourage le travail critique exhaustif que lanalyse dun sonnet parfois ne rebute pas. Le critique de romans, parce que la complexité dune analyse réelle excède les moyens de lesprit, ne travaille que sur des ensembles intermédiaires et arbitraires, des groupements simplificateurs tres étendus et pris en bloc : des " scènes " ou des chapitres par exemple, là où un critique de poésie pèserait chaque mot. Mais si le roman en vaut la peine, cest ligne à ligne que son aventure sest courue, ligne à ligne quelle doit être discutée, si on la discute. il ny a pas plus de " détail " dans le roman que dans aucune uvre dart, bien que sa masse le suggère (parce quon se persuade avec raison que lartiste en effet na pu tout contrôler) et toute critique recuite à résumer, à regrouper et à simplifier, perd son droit et son crédit, ici comme ailleurs.
Déjà dit, ainsi ou autrement, et à redire encore.
(En lisant en écrivant, p.119)

Le sujet. Je suis déconcerté, quand je lis leurs propos, leurs journaux, leurs carnets, leur correspondance, de ne retrouver chez presque aucun écrivain la préoccupation de ce problème. On dirait que les sujets de leurs livres leur viennent continûment lun chassant lautre sitôt la réalisation achevée sans leur donner plus de souci que ne semblent sen faire les peintres pour les motifs de leurs tableaux. Alors que pour moi lenclenchement brusque dune idée ou plutôt dun sentiment sur la perspective dun livre a été chaque fois un évènement aussi improbable, aussi imprévisible que le coup de foudre amoureux.
Tout se passe comme sil existait, accumulée périodiquement chez lécrivain, une richesse romanesque non monnayée, à laquelle rien ne permettra davoir cours. rien ne prêtera forme et aloi, rien ne donnera issue, sinon le miracle surgi du hasard quand il surgit dune sorte de modèle réduit à la fois simple et éminemment expressif, capable de tenir dans le creux de la main, et pourtant prometteur dune infinie capacité dexpansion, pareil au cristal tenu qui, par son simple contact, fait cristalliser à son image parente toute une solution sursaturée. Je ne sais sil existe des recettes pour mettre la main sur un pareil sésame qui, bien entendu, ne peut vous ouvrir quune fois la cave de vos propres trésors en ce qui me concerne, je nen possède pas, et cest une des raisons qui font que jai écrit si peu de livres.
La critique moderne a de bonnes raisons décarter une telle question. Je my heurte presque chaque fois que je réfléchis sur la littérature, et jy trouve à rêver : tous ces livres, chez les écrivains, qui existaient en puissance, et qui ne sont pas venus au jour, parce quun hasard malin a refusé la clé qui les eût libérés. et qui était à portée de la main. La clé, cest-à-dire le sujet, à la fois révélateur et cristallisateur, qui dun seul coup de baguette trace à lafflux romanesque effervescent et informe des lignes dopération efficaces, le concentre aux points où vont jouer en sa faveur des effets de levier, le met en marche sous des enseignes expressives et des signaux de ralliement mobilisateurs. Le sujet, avec lequel on a le sentiment que presque tout vous est donné dun coup, puisque, dans le chaos émouvant et aveugle qui vous habitait, brusquement les grandes masses dombre et de lumière se disposent, les chemins confluent, les forces se rassemblent et sébranlent, les mouvements se coordonnent, quune direction, à la fois unificatrice et multiplicatrice, anime désormais la diversité disponible puisquon tient à la fois le lieu et la formule.
Un des signes les plus sûrs à la fois de la vigueur interne dun sujet et de son affinité avec vos propres dispositions est que, dans sa simplicité initiale, sont inscrites potentiellement, dès quon le serre de plus près, des filières de déterminations plus précises qui vont létoilant de tous les côtés, et sur lesquelles, à votre surprise, il ne laisse planer en fait presque aucune ambiguïté. Un vrai sujet à une pente secrète: si vous cherchez à le préciser, et même sur quelque détail secondaire, il ne vous laisse pas plus dans lembarras quun relief vigoureux ne laisse dans le doute la goutte deau de pluie qui tombe sur lui et qui linterroge sur la direction à prendre. Il tient en quelques lignes, il se laisse embrasser dun coup dil, et il a réponse à tout.
Un vrai sujet ne laisse étranger à sa donnée aucun règne et aucun ordre, ni humain, ni terrestre. Jai pense bien souvent, à ce propos, que lune des supériorités les plus certaines de Goethe réside dans le sens, dune ampleur presque infaillible, quil avait du sujet, dès quil cessait décrire pour se délasser. On devine que Hugo a senti parfaitement toute limportance du problème, mais sest laissé abuser par des contrefaçons parfois grossières : il lui suffisait que le sujet, trop avantageusement, prenne la pose.
Il se peut, après tout, que lidée que je me fais dun vrai sujet me soit strictement personnelle. Elle na rien à voir avec les résumés qui peuplent les prière dinsérer; elle a davantage en commun avec la ligne dune phrase musicale, aussi chargée dénergie quimpossible à décomposer.
(En lisant en écrivant, 134)
Un roman quon entreprend décrire, quelque extrême liberté de traitement quon se promette dy apporter, ne se comporte aucunement comme un sujet de poème, qui nexiste, lui, que totalement intérimaire dans lattente de métamorphoses successives, et dont la ductilité, la docilité au travail du langage, à laventure verbale reste sans limites. Dans le sujet de roman, il existe un minimum de structure interne résistante des blocages dissimulés, des échos internes complexes quun heurt fortuit va soudain éveiller, des automatismes qui vont se faire jour, des phénomènes de rejet, des affinités au contraire brusquement révélées. La contradiction propre au romancier est que, de son sujet, le langage seul utilisé selon ses pouvoirs propres éveillera les possibilités, mais quen même temps, sur lui, les mots ne disposent pas de la toute-puissance qui est celle des mots du poème, parce que la passion du romancier pour son roman ne sest pas éveillée en face dun ectoplasme, mais dune figure non déformable à volonté, qui possède simultanément et le flou du rêve, et des lignes, un rythme, certains mouvements dune netteté parfaitement concrète et pour lui ensorcelante, figure que, dune certaine manière, il na de cesse par le moyen de son roman de chercher à rejoindre. Le roman ne vit que par le genre de liberté que lui donne le langage, utilisé selon ses vrais pouvoirs, mais il nest tiré du néant que par la contrainte quimpose de bout en bout au romancier une image exigeante, une obsession non entièrement littéraire dans sa nature. "Adorable fantôme qui mas séduit, lever ton voile!" supplie le faiseur de romans mais la muette apparition lui met en mains un porte-plume.
En fait, on na jamais cherché à serrer de près les relations du romancier et de son sujet avant: avant le moment où il va commencer à lécrire, cest-à-dire à jouer sa chance. Lacte de lécrire rature à peu pres tout souvenir de cette période dincubation parfois très longue, parfois très courte : on retire les échafaudages. Il semble que le sujet se comporte un peu, vis-à-vis des propositions imprévues de lécriture, comme une substance de propriétés chimiques mal connues, avide dentrer en composition avec certains corps, insensible à dautres. Cest ce qui fait que 1ordonnance formelle dun roman lui est de si peu de chose, et un tact plus proche du sens intuitif qui séveille dans lamour au contraire si important : " composer " un roman au lieu de guetter et de suivre à chaque instant de son progrès les résonances et les harmoniques qui séveillent cest soumettre à la géométrie ce qui relève de la chimie. Mais ces harmoniques dune part, ces résistances inattendues, de lautre, ne se réveilleront nulle part ailleurs que dans le work in progress, jamais autrement quau fur et à mesure de son avance.
(En lisant en écrivant, p.139)
Lécriture
Pourquoi écrit-on ? La vieille et perfide question que Littérature avait rajeunie au lendemain de la première guerre mondiale na toujours pas reçu sa réponse. Il nest pas sûr , loin de là, quelle nen comporte quune seule, il nest pas sûr non plus que les motivations dun écrivain ne varient pas tout au long de sa carrière. Quand jai commencé à écrire, il me semble que ce que je cherchais, cétait à matérialiser lespace, la profondeur dune certaine effervescence imaginative débordante, un peu comme on crie dans lobscurité dune caverne pour en mesurer les dimensions daprès lécho. Le temps vient sans doute sur le tard où on ne cherche plus guère dans lécriture quune vérification de pouvoirs, par laquelle on lutte pied à pied avec le déclin physiologique. Dans lintervalle, entre lexcès et la pénurie de lafflux à ordonner, il me semble parfois que sétend une zone indécise, ou lhabitude, qui peut créer un état de besoin, le goût défensif de donner forme et fixité à quelques images élues qui vont inévitablement sétiolant, le ressentiment contre le vague mouvant et informe du film intérieur sentrelacent inextricablement. Il arrive que lécrivain ait envie tout simplement d " écrire " et il arrive aussi quil ait envie tout bonnement de communiquer quelque chose : une remarque, une sensation, une expérience à laquelle il entend plier les mots, car les rapports ambigus et alternatifs de lécrivain avec la langue sont à peu pres ceux quon a avec une servante-maîtresse, et sont non moins queux, de bout en bout, hypocritement exploiteurs.
Pourquoi se refuser à admettre quécrire se rattache rarement à une impulsion pleinement autonome ? On écrit dabord parce que dautres avant vous ont écrit, ensuite, parce quon a déjà commence à écrire : cest pour le premier qui savisa de cet exercice que la question réellement se poserait : ce qui revient à dire quelle na fondamentalement pas de sens. Dans cette affaire, le mimétisme spontané compte beaucoup : pas décrivains sans insertion dans une chaîne décrivains ininterrompue. Apres lécole, qui émaille lapprenti-écrivain dans cette chaîne, et le fait glisser déjà dautorité sur le rail de la rédaction, cest plutôt le fait de cesser décrire qui mérite dintriguer.
La dramatisation de lacte décrire, qui nous est devenue spontanée et comme une seconde nature, est un legs du dix-neuvième siècle. Ni le dix-septième, ni, encore moins, le dix-huitième ne lont connue ; un drame tel que Chatterton y serait resté incompréhensible ; personne ne sy est jamais réveillé un beau matin en se disant: " Je serai écrivain", comme on se dit : "Je serai prêtre". La nécessité progressive et naturelle de la communication, en même temps que lapprentissage enivrant des résistances du langage, a chez tous précédé et éclipsé le culte du signe délection, dont le préalable marque avec précision lavènement du romantisme. Nul na jamais employé avant lui cet étrange futur intransitif qui seul érige vraiment, et abusivement, le travail de la plume en énigme : jécrirai.)
(En lisant en écrivant, p. 143)

Ecrivain : quelquun qui croit sentir que quelque chose, par moments, demande à acquérir par son entremise le genre dexistence que donne le langage. Genre dexistence dont le public est le vérificateur capricieux, intermittent, et peu sûr, et lauteur le seul garant fiable. Le public est un réseau quon peut toujours court-circuiter sans que rien dessentiel au phénomène littéraire sannule : le voyant témoin qui sallume dans la cervelle de lauteur est nécessaire et suffisant. Le courant qui passe au fil de la plume ne va vers personne ; il faudrait en finir une bonne fois avec limage égarante des " chers lecteurs " levés à lhorizon de lécritoire et de lécrivain, ainsi quà celui dun orateur public la foule dans laquelle il transvase la liqueur enivrante. La littérature va du moi confus et aphasique au moi informé par lintermédiaire des mots, rien de plus : le public nest admis à cet acte dautosatisfaction quau titre de voyeur, et généralement contre espèces et cest, je le concède, dans cette affaire, le côté peu ragoûtant
(En lisant en écrivant, p.159)
Lecture
Jai changé peu à peu dopinion là-dessus : lémotion que ressent un lecteur de roman, un auditeur de concert, nest pas une corde vibrante qui donne la même note quel que soit le moyen de percussion qui lébranle : elle est tout entière moulée sur la construction verbale ou sonore complexe qui lui a donné naissance, et en tant que telle nest échangeable, et naccepterait dailleurs de séchanger, contre aucune autre. Elle constitue chaque fois non une réanimation démotions déjà vécues, mais une expérience neuve, irremplaçable. A la limite, il ny a pas, en matière démotion esthétique vraie, de distinction possible entre leffet et la cause, et je ne crois pas une seconde quon aille écouter Tristan pour se souvenir quon a été amoureux. A la rigueur, ce serait plutôt linverse (La Rochefoucauld le savait déjà) le sentiment de lamour est transposable, comme on sait, dobjet en objet : celui quon éprouve à écouter la musique de Wagner, ou à lire Les souffrances du Jeune Werther, ne lest pas ; il est irrévocablement adhérent à une succession de notes, ou de mots, non substituables. Le mérite insigne de lart est de tirer l" émotion " du vague indifférencié où la relègue la psychologie vulgaire, et de la lier chaque fois solidement à une figure individualisée : à cette manière de faire accéder le chaos affectif à une existence distincte, sinon claire, il me semble que Valery, si hostile à tout art qui se compromet avec lémotion, naurait pas du être insensible.
(En lisant en écrivant, p.168)
Quentend-on quentend lécrivain quand il parle de ses lecteurs? Il arrive couramment quon transfère à un nom, sans y réfléchir, lattachement quon a en réalité pour un seul ouvrage. Ladmiration, même sans arrière-pensée, vouée à un auteur saccommode plus dune fois de la plus complète indifférence pour tel nouveau livre de lui dont la publication est annoncée. Lécrivain est achevé pour nous parce que nous le voulons garder tel ; laction de la curiosité est éteinte. Certaines lectures proscrivent même davance, ou frappent après elles dinterdit, tout ce qui peut venir après elles de la même source : mécanisme dauto-sterilisation qui fait penser à ces plantes dont la première récolte est luxuriante, mais qui secrètent un toxique rendant pour des années le sol inapte à leur reproduction, et à elle seule. On peut comprendre à la rigueur, en raison du passage de la peinture dun caractère à lévocation dune époque, que les fervents de lEducation Sentimentale et vice-versa ne soient presque jamais ceux de Madame Bovary, mais il y a tout aussi peu de lecteurs férus de manière égale de La Chartreuse et de Le Rouge et le Noir. Disons-le franchement : lamour quon a pour un livre, ce plus insubstantiel et énigmatique, mais de toute importance, dont il est marqué pour nous, implique comme tout autre amour un moins dans lintérêt quon peut porter à tout ce qui lui ressemble, ou lui est apparenté. Seulement, ce que tout le monde accepte en amour, ou lexclusivité est de mise, est loin dêtre pris en aussi bonne part en littérature, où lauteur est tenu pour le commun dénominateur de tous ses livres, et à cette pression dune idée reçue nous cédons sans même nous en apercevoir. Si on me questionne, je répondrai sans même réfléchir que " jaime Balzac ". Si je minterroge plus précisément sur mon goût véritable, je constate que je reprends et que je relis sans men lasser Beatrix et Les Chouans, quelquefois Le Lys ou Séraphita .Les autres livres de Balzac, sil marrive de les rouvrir, ne donnent lieu le plus souvent quà une ratification destime un peu distraite: le plaisir, largement commande par une glorification universelle, quils me dispensent, est celui que pourraient me donner en réalité quinze ou vingt autres romanciers. De même " jaime Wagner " signifie pour moi en réalité : Parsifal et Lohengrin ôtés, dont je ne retrancherais pas une note, et partiellement Tristan, je nai envie que de grappiller çà et là dans le reste quelques motifs, quelques scènes, quelques passages dorchestre isolés : la Tétralogie, son climat, ses héros, son intrigue, me restent aussi étrangers quune saga traduite du finnois ou du vieil irlandais. Heureux qui, comme Proust, peut réussir la submersion dun nom et dune vie, puis leur réanimation, dans une uvre unique, totalisante et récapitulative. Ou encore Joyce, qui peut se recuire à Ulvsse, ou Musil. Pour les autres, pour presque tous les autres, être " aimés " signifie en réalité que, de leur substance, quils ont souhaitée indivisible autant quincorruptible, le lecteur le plus fanatique les trahissant intimement jette autant, et plus, quil ne garde.
Et si les manuels de la littérature quon enseigne dans les lycées prenaient désormais pour base des livres ou des pièces, et non des auteurs ? Une histoire de la littérature, contrairement à lhistoire tout court, ne devrait comporter que des noms de victoires, puisque les défaites ny sont une victoire pour personne.
(En lisant en écrivant, p.169)

De même quon ne se fait plus guère de nouveaux amis, après quarante ans, de même, passé cet age, on na plus dans le " monde des lettres " de cousinage familier, de conversation soutenue et de dialogue vrai avec les ouvrages, même admirés, des générations qui vous suivent. Une famille ainsi séteint peu à peu autour de vous, qui nexcluait certes pas, comme toute famille, les mésententes intimes et les brouilles à vie, mais qui, ainsi que laïeul voisine au foyer avec le petit-fils, englobait avec la vôtre les deux générations précédentes Seulement, en matière de filiation artistique, les relations affectives semblent à sens unique : elles vont plutôt en remontant, des descendants vers les ascendants. Ce qui est venu après la génération qui etait la mienne, je peux le comprendre, et même vraiment my intéresser. Mais il y a une différence dâge qui interdit en art à laîné les transports de lintime ferveur, tout comme elle ferme dans la vie en sens inverse, il est vrai la perspective amoureuse.
(En lisant en écrivant 176)
Ce que je souhaite dun critique littéraire et il ne me le donne quassez rarement cest quil me dise à propos dun livre, mieux que je ne pourrais le faire moi-même, doù vient que la lecture men dispense un plaisir qui ne se prête à aucune substitution. Vous ne me parlez que de ce qui ne lui est pas exclusif, et ce quil a dexclusif est tout ce qui compte pour moi. Un livre qui ma séduit est comme une femme qui me fait tomber sous le charme : au diable ses ancêtres, son lieu de naissance, son milieu, ses relations, son éducation, ses amies denfance ! Ce que jattends seulement de votre entretien critique, cest linflexion de voix juste qui me fera sentir que vous êtes amoureux, et amoureux de la même manière que moi : je nai besoin que de la confirmation et de lorgueil que procure à lamoureux lamour parallèle et lucide dun tiers bien disant. Et quant à l" apport " du livre à la littérature, à 1enrichissement qu il est censé mapporter, sachez que jépouse même sans dot.
Quelle bouffonnerie, au fond, et quelle imposture, que le métier de critique : un expert en objets aimés ! Car après tout, si la littérature nest pas pour le lecteur un répertoire de femmes fatales, et de créatures de perdition, elle ne vaut pas quon sen occupe.
(En lisant en écrivant 178)

Il y a dans Céline un homme qui sest mis en marche derrière son clairon. Jai le sentiment que ses dons exceptionnels de vociférateur, auxquels il etait incapable de résister, lentraînaient inflexiblement vers les thèmes à haute teneur de risque, les thèmes paniques, obsidionaux, frénétiques, parmi lesquels lantisémitisme, électivement, était fait pour laspirer. Le drame que peuvent faire naître chez un artiste les exigences de linstrument qu il a reçu en don, exigences qui sont parfois à demi monstrueuses avant tout celles de son plein emploi, a dû se jouer ici dans toute son ampleur. Quiconque a reçu en cadeau, pour son malheur, la flûte du preneur de rats, on lempêchera difficilement de mener les enfants à la rivière.
(En lisant en écrivant, p. 186)
Médiocre valeur du coup dil rétrospectif que lécrivain jette sur ses livres : leur contenu, trop remâché en cours de confection, ne lui est plus de rien ; saiguise au contraire chez lui exagérément au fil des années la sensibilité aux mutations de la forme (" Je nécrirais plus ainsi aujourdhui "). Tous les signes de mûrissement, ou de vieillissement, quapporte un simple intervalle de quelques années, sont perçus, enregistrés par lui avec une subtilité en alerte.
Le lecteur, lui, a une tendance inverse à ramener les parties successives de luvre sous un éclairage uniforme et intemporel ; sa préférence va au constat réitéré de lidentité, acquiesce avec délectation à la tyrannie unificatrice de la signature " cest bien de lui). Lécrivain, devant ses livres, est sensible surtout à son évolution, le lecteur à ses constantes. Un auteur est toujours, il me semble, naïvement surpris quand il constate laisance dun lecteur sans expérience critique particulière à le détecter derrière un fragment de quelques lignes pris au hasard dans ses livres. Il ne se savait pas si ressemblant à lui-même, parce que ses propres livres nont jamais pu vraiment lui tendre un miroir; sil les rouvre, il voit bien en eux ce qui les embue, les raye ou les écaille, non ce quils réfléchissent dindéformable.
(En lisant en écrivant, p.259)
Mon siècle, dans le passé, cest le dix-neuvième, commencé avec Chateaubriand, et prolongé jusquà Proust, qui vient lachever un peu au-delà de ses frontières historiques, tout comme Wagner est venu lui-même achever le romantisme off limite. Je naime pas le dix-huitième siècle sinon peut-être pour un ou deux livres de Rousseau : les livres, non lhomme (les Rêveries, la Nouvelle Héloïse, certaines parties des Confessions). Quelques pages aussi de Sade, qui par ailleurs mennuie extrêmement : jaime bien la Philosophie dans le boudoir et la Révolution commentée pendant les pauses de la fouterie (" Français, encore un effort si vous voulez être républicains "). Ce quil y a de meilleur pour mon goût dans lesprit de lépoque est concentré là, plus nerveusement encore que dans Les Liaisons. Il y avait peut-être dans ce siècle, comme on lassure, un art de vivre : nous nen avons plus lemploi; il y avait aussi des lumières sur la chose publique : nous en avons eu trop lemploi. Le dix-neuvième siècle est de nature pythique et prophétique : il atteint à des profondeurs divinatoires dont le dix-huitième siècle na eu aucune idée, car il éclairait tout et ne devinait rien ; son air de flûte humanitaire etait celui du preneur de rats de Hameln, mais il ne le savait pas.
(En lisant en écrivant, p.302)
Un calcul, même très approximatif, du nombre dheures dont nous avons disposé au cours de notre vie pour la lecture, nous prouve que nous avons en réalité lu sensiblement moins de livres que nous ne le croyons. Nous navons pas eu le temps matériel de lire tous les livres que nous pensons avoir lus.
Mais les livres que nous avons lus sont bien loin dêtre les seuls éléments de notre culture livresque. Comptent aussi, parfois presque autant, ceux dont nous avons entendu parler, dune manière qui nous a fait dresser loreille (loreille interne), ceux dont un passage cité ailleurs isolément a éveillé en nous des échos précis, ou dont la mitoyenneté avec des ouvrages déjà connus de nous a permis au moins létiquetage. Ceux dont nous ne connaissons guère que le titre et le sens général, mais qui, dessinés en creux par les frontières des livres connexes, figurent pourtant, dans notre répertoire livresque, comme références utilisables.
Cette culture accrue par enjambements, par recoupements et par contamination, est peut-être la vraie culture livresque. Le livre est contagieux. La masse des livres déjà connus confère une demi-réalité maniable aux livres non lus encore quelle cerne et fait pressentir. Ainsi, à partir dun certain acquis, la culture livresque, alors que la lecture ne suit quune progression arithmétique, peut se développer de manière presque exponentielle par une méthode qui nest pas sans analogie avec la solution dun puzzle, et que les polyglottes expérimentent tous pratiquement pour lacquisition de nouvelles langues. Pour senrichir pleinement par la lecture, il ne suffit pas de lire, il faut savoir sintroduire dans la société des livres, qui nous font alors profiter de toutes leurs relations, et nous présentent à elles de proche en proche à linfini. Une preuve a contrario en est fournie par lautodidacte de La Nausée.
(Carnets du Grand chemin, p.262 et suivantes)

[© I. Kalo pour les paysages de la Loire :
D'Ancenis à Saint-Florent-le-Vieil
©Editions Corti pour le portrait de Julien Gracq,
septembre 2001, et la signature dans la vitrine de la rue Médicis]

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