Les Fleurs du mal

Pensées*

*En lisant en écrivant

     Charles Baudelaire (1821-1867)

     Baudelaire fut d’abord l’homme du refus des conventions morales et sociales, d’où son dandysme, son adhésion à l’insurrection de 1848, sa solidarité avec tous ceux que cette société haïssable a broyés.
     S’il est avec Nerval le plus grand romantique – Sainte-Beuve parle de "pointe extrême du Kamtchaka romantique" – ce n’est pas à cause de ses préoccupations sociales : "La poésie n’a pas d’autre but qu’elle-même". Il refuse l’opposition romantique entre lucidité et génie ; s’il n’a guère d’illusions ("Le progrès indéfini est un mode de suicide incessamment renouvelé"), il cultivera les deux. Il est celui chez qui la double postulation traditionnelle (l’angélisme et le satanisme) trouvera son apogée. Fort peu rousseauiste, il est pleinement conscient de la puissance universelle du mal.
     Sur d’autres points encore, il s’oppose au romantisme : il se veut le "déchiffreur de l’universelle analogie", mais est le premier à mettre l’accent sur l’esthétique qui définit chaque créateur. Il se refuse à être guide, et pourtant toute la poésie française, comme dans une large mesure la poésie étrangère, sera dorénavant différente. Car l’œuvre de Baudelaire n’est pas une œuvre parmi d’autres, elle est une révolution : il échappe à sa figure et s’il suscite une vénération unanime, elle sera souvent contradictoire : Baudelaire est autant classique que romantique ou "moderne". Comme Poe, il eut une mort pitoyable. Mais enfin délivré de la "vie", de l’"insupportable vie", il continua à vivre.
     "Il y a du Dante dans l’auteur des Fleurs du mal, mais c’est du Dante d’une époque déchue, c’est du Dante athée et moderne, du Dante venu après Voltaire, dans un temps qui n’aura point de saint Thomas" (J. Barbey d’Aurevilly).